Türkiye Cumhuriyeti

Brazavil Büyükelçiliği

Konuşma Metinleri

Büyükelçilikte düzenlenen basın toplantısı, 14.07.2017

Conférence de presse de l'Ambassadeur de Turquie
Can INCESU
Brazzaville
Vendredi 14 juillet 2017

Mesdames et Messieurs,
Très chers membres de la presse écrite et audiovisuelle.
Je suis très heureux de vous accueillir aujourd'hui au sein de l'ambassade de Turquie. Cette ambassade avait commencé à intégrer ses locaux actuels le 1er juillet 2016. Nous sommes donc à peu près à l'anniversaire de l’inauguration de ce site. Certains parmi vous se rappelleront que je suis arrivé à Brazzaville en octobre 2014 comme première ambassadeur résident de Turquie et que j'ai remis mes lettres de créance le 22 décembre 2014 à Son Excellence Denis Sassou Nguesso, Président de la République du Congo.
Ce n'est pas la première conférence de presse que j'organise ici, mais cette fois-ci et pour la première fois, j'aurai le plaisir de partager un modeste repas avec vous.
L’inauguration de cette ambassade est avant tout le fruit d'un saut qualitatif dans les relations entre la Turquie et le continent africain.
Certes, l'histoire des relations Turco-africaines est ancienne. La Turquie, ou du moins son précurseur l'empire ottoman, avait posé le pied sur ce continent il y a des siècles de cela. À son apogée, l'Empire contrôlait une grande partie de la côte méditerranéenne de l'Afrique, c'est-à-dire les états modernes d’Egypte, de Libye de Tunisie et d'Algérie et une partie d'autres territoires plus au sud comme le Soudan et l’Abyssinie, voire du Chad de l’Ouganda. Mais, les Ottomans connaissaient, avaient des échanges, interagissaient, avec une partie considérable du continent. Nulle part, ces relations n’ont ressemblé à celles des aventuriers, puis des colonisateurs venus d’Europe occidentale. Les Ottomans adoptaient les us et coutumes locaux autant qu’ils importaient les leurs, laissaient faire autant qu’ils dirigeaient.
La République de Turquie, que je représente, fut fondée en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk sur les cendres de l’Empire ottoman, vaincue durant la Première guerre mondiale. Elle avait alors perdu toute possession africaine et n’avait pu libérer son territoire actuel qu’en poursuivant une guerre héroïque et meurtrière contre les occupants occidentaux.
Dès sa création, la République chercha à établir des relations amicales avec l’Afrique. Dès 1926, un ambassadeur résident fut envoyé en Ethiopie, l’un des rares Etats alors indépendants du continent. Après la Seconde Guerre Mondiale, elle reconnut au fur et à mesure les nouvelles indépendances et tâcha d’élargir son réseau diplomatique en Afrique subsaharienne, avec des ambassades à Accra, à Dakar, à Lagos, à Nairobi et à Kinshasa, malgré un budget d’Etat qui était souvent sous pression, notamment après le choc pétrolier de 1973.
Une première tentative de plus grand rapprochement avec l’Afrique commença en 1978. Elle aboutit à l’inauguration de quelques nouvelles ambassades, mais fut interrompue pour des raisons de politique interne, et finalement par le coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980.
Tout en gardant la plupart de ses missions en Afrique, les évènements d’abord internes, puis externes, c’est-à-dire celles qui regardaient son entourage immédiat, notamment le retour de la démocratie en Europe de l’Est, l’indépendance des Républiques soviétiques, la guerre en ex-Yougoslavie, la guerre dans le Caucase, la guerre Iran-Iraq, puis la guerre du Golfe, demandèrent une concentration très forte de l’action diplomatique turque dans sa région. Ce n’est donc qu’en 1998 que l’on put lancer un nouveau projet d’ouverture vers l’Afrique. Cette ouverture se poursuit depuis près de vingt ans. Elle est passée à la vitesse supérieure depuis 2010.
C’est pour cela que j’ai parlé d’un saut qualitatif. En effet, notre présence diplomatique sur le continent a augmenté dans une période très brève. Nous avons inauguré 6 ambassades en 2010, 7 en 2011 (dont celle à Mogadiscio en Somalie, en pleine guerre civile), 4 en 2012, 4 en 2013 et 4 en 2014, notre ambassade ici faisant partie du dernier lot. Aujourd'hui, 39 ambassades turques opèrent sur le continent. Il y a également une augmentation considérable du nombre de représentations diplomatiques africaines à Ankara : avec l'ouverture récente de l'Ambassade de Tanzanie, il a atteint 33.
L’Ambassade du Congo à Ankara existe depuis 2013 et est dirigé par un chargé d’affaires. Cependant je crois savoir que le premier Ambassadeur sera nommé incessamment.
Tout en travaillant pour faire progresser nos relations bilatérales avec les pays africains, nous avons également crée un solide mécanisme de coopération avec l'Union africaine. En 2008 la Turquie fut reconnue comme partenaire stratégique de l’Union et le tout premier Sommet de coopération Turquie-Afrique eut lieu à Istanbul. Le Sommet lança un processus de collaboration stable et durable conduisant à un deuxième Sommet tenu en Guinée équatoriale en 2014, un troisième Sommet étant prévu à Istanbul en 2019. Suite au renforcement et la diversification de nos relations bilatérales avec les pays africains ainsi que nos liens institutionnels avec l'Union africaine, nous avons récemment décidé de rebaptiser notre Politique d'ouverture vers l’Afrique en adoptant un terme plus approprié, à savoir la Politique de partenariat de la Turquie avec l’Afrique.
En fait, la devise de notre Politique de partenariat avec l’Afrique est : « des solutions africaines aux problèmes africains ». Nous déployons tous nos efforts pour promouvoir l'appropriation par l'Afrique de ces questions dans le cadre de notre relation forte avec nos partenaires africains.
La Turquie a naturellement tissé des liens de coopération avec toutes les organisations sous-régionales, et notamment avec la CEMAC, et est membre de la Banque Africaine de Développement.
Notre volonté politique de travailler avec l'Afrique n’a jamais été aussi forte. Notre détermination se traduit par le grand intérêt du Président de la République, SEM Recep Tayyip Erdoğan qui attache une importance majeure à l'Afrique. Non seulement visite-t-il les pays africains et reçoit leurs dirigeants en Turquie, mais il encourage également les entreprises, les universités, les ONG, les centres de recherche et les citoyens ordinaires à s'engager au renforcement des relations mutuelles.
Au cours de la dernière décennie, en tant que Premier Ministre et ensuite Président de la République, M. Erdoğan a effectué plus de 30 visites dans 23 pays africains au total – un nombre record de visites pour un dirigeant non africain. Nous avons accueilli et continuons d’accueillir en Turquie de nombreux Chefs d'État de pays africains.
Ce que nous considérons comme absolument nécessaire pour l'avenir de l'Afrique, c'est son développement économique durable. En ce moment critique de changement et de diversification, notamment en regard du faible niveau des prix des matières premières, nous estimons que la Turquie est apte à partager ses expériences avec le continent pour avancer sur un modèle de coopération économique dit « gagnant-gagnant », par opposition à un jeu à somme nulle qui produit des gagnants et des perdants. Les investissements globaux de la Turquie en Afrique ont récemment dépassé 6 milliards de dollars américains. Ces investissements fournissent des emplois, des infrastructures nécessaires, contribuant aux économies locales et augmentant les exportations de produits finis de l'Afrique vers des pays tiers. Nous connaissons également une croissance rapide de notre commerce avec le continent qui a atteint 16,8 milliards de dollars américains en 2016, ce qui représente un quadruplement depuis 2003. Nous cherchons aussi à contribuer à la mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l'Union africaine pour le développement économique en organisant des réunions ministérielles thématiques sur des domaines tels que l’entreprenariat et l'agriculture, conjointement avec des forums qui rassemblent des hommes d'affaires turcs et africains. Vous avez peut-être noté qu’une réunion turco-africaine des ministres de l’agriculture s’est tenu le mois d’avril dernier à Antalya, en Turquie, avec la participation d’une délégation congolaise menée par SEM Henri Djombo, Ministre d’Etat, Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche.
Mesdames et Messieurs les membres de la Presse,
C’est dans ce contexte que nos relations bilatérales avec le Congo se sont également développées. Notre accord Commercial et de Coopération économique et technique a été signé le 28 septembre de l’an 2000. Cet accord est la base de toute notre coopération économique et institutionnelle. Il crée la Commission Mixte de Commerce et de Coopération économique et technique. Deux autres accords essentiels dans le domaine de la formation militaire ont été signés en l’an 2005 et sont récemment entrés en vigueur.
Cependant, c’est la visite officielle de SEM Denis Sassou Nguesso en Turquie, en novembre 2012, qui a amorcé une toute nouvelle phase dans nos relations bilatérales. Cette visite a vu la signature de nombreux autres accords bilatéraux, a permis de prendre des décisions conjointes, comme notamment l’ouverture des ambassades respectives et la réunion de la Commission mixte, mais a aussi créé des liens d’amitié entre les dirigeants.
Mais même avant la visite de Son Excellence Monsieur le Président de la République, dès le début de cette décennie, le Congo s’est classé parmi les partenaires économiques importants de la Turquie en Afrique. Nos échanges annuels dépassent régulièrement les 100 millions de dollars américains. De ce fait, le Congo est notre premier partenaire commercial en Afrique centrale, si l’on exclut l’Angola.
Par ailleurs, les entrepreneurs turcs de BTP sont arrivés au Congo à partir de 2014 et ont déjà complété les deux grands projets qu’ils avaient entrepris, c’est-à-dire la reconstruction de l’hôtel Mbamou Palace et le Centre de Conférences internationales de Kintéle. Vous avez sans doute suivi le mois dernier l’inauguration de ce centre qui bénéficie d’un financement de la Banque turque de Crédit à l’exportation à hauteur de 197,5 millions d’euros. Cette ligne de crédit permettra également de commencer la construction des bâtiments de la Cité gouvernementale de Brazzaville.
L’inauguration du Centre de Conférences internationales de Kintéle le 20 juin dernier a également été l’occasion d’une visite au Congo du Vice-Premier Ministre de la République de Turquie, SEM Numan Kurtulmuş, qui a représenté le Gouvernement turc. M. Kurtulmuş a été reçu par SEM le Président de la République et par SEM le Premier Ministre, ce qui a permis de faire un tour d’horizon de la coopération entre les deux pays. M. Kurtulmuş souhaite revenir au Congo dans quelques mois pour co-présider la Troisième session de la Commission Mixte de Commerce et de Coopération économique et technique accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires.
Notre coopération intergouvernementale progresse également. Nous avons des échanges en cours et prévus entre un certain nombre d’institutions congolaises et leurs contreparties turques, notamment dans le domaine de la diplomatie, la santé, des douanes, de la fonction publique, des affaires foncières, de la liberté de communication.
Je peux donc affirmer sans exagération que les relations bilatérales entre la Turquie et le Congo sont à un niveau extrêmement satisfaisant. Ce qui ne nous empêchera sans doute pas de continuer à travailler encore plus.

Chers Membres de la Presse,
Nous commémorerons demain le premier anniversaire de la tentative déjouée de coup d'Etat du 15 juillet 2016 en Turquie. Je me rappelle de cette nuit-là comme d’hier. J’étais ici en train de travailler dans mon bureau récemment installé quand j’ai appris que notre capitale, Ankara, et Istanbul, étaient bombardés par nos propres avions de chasse. A l’appel du Président de la République, la population était descendue dans la rue et faisait face au chars d’assaut détournés par les putchistes.
La Turquie avait déjà connu plusieurs coups d’Etat militaires. Mais le 15 juillet s’en démarquait. Jamais jusqu’à présent, des officiers de l’armée turque ne s’étaient attaqués de telle sorte aux civils. Les putschistes bombardèrent le Parlement turc, le Palais présidentiel, le quartier général des renseignements, le quartier général des Forces spéciales. Ils tentèrent d'assassiner le Président de la République et le Premier Ministre.
C’est la population turque, tous horizons et opinions politiques confondus qui résista en se dressant sans hésiter devant les chars et protégeant leurs droits démocratiques. Ce soir-là, 250 citoyens turcs moururent en héros et en martyrs. Plus de 2000 personnes furent blessés.
Le 15 juillet a été un test de résistance pour la démocratie turque. Nous sommes fiers d'avoir passé ce test. Tous les partis politiques, tant au sein de la majorité que dans l'opposition, une grande partie des forces armées, de la police et des médias se sont opposés aux putschistes.
Dans la nuit même du 15 juillet, il devint clair aux yeux de tous que Fetullah Gülen, l'homme qui se fait appeler « Imam de l'Univers » et ses disciples étaient derrière cette tentative sanglante. Son désir de prendre le contrôle de l'Etat turc et de remanier le régime à l’image de son dogme religieux égocentrique n'était plus un secret en Turquie. Pendant des décennies, il organisa l’infiltration de ses partisans dans les organes critiques de l'État, comme la police, le pouvoir judiciaire et les forces armées.
Les «Gülenistes» constituent un cas typique de radicalisation associé à un culte de la personnalité. Ils sont convaincus que Gülen est le Messie. Ils n’ont de loyauté que pour lui, ce qui les mène à enfreindre toute règles juridiques et éthiques dans les intérêts de leur groupe. Ils cachent habilement leur affiliation à Gülen pour s’introduire partout sans susciter la méfiance. Ce groupe qui a tenté de prendre le pouvoir d’abord par la ruse, puis par les armes est clairement une organisation terroriste de la nouvelle génération, celle de DAESH. Nous l’appelons l’organisation terroriste de Fetullah Gülen, en sigle FETÖ.
En fait, le Gouvernement turc avait déjà pris des mesures contre cette organisation et ses sources de financement avant le 15 juillet 2016. La décision de fermer les cours préparatoires aux examens d’Etat avait fortement nui à l’organisation, puisque ces écoles étaient ses principaux centres de recrutement et une ressource financière essentielle. Une série d'enquêtes administratives et judiciaires sur ses activités criminelles avait été menée, notamment en ce qui concerne la fraude à grande échelle lors des examens d’entrée dans la fonction publique, les écoutes illégales, les opérations de blanchiment d'argent.
La police et le pouvoir judiciaire avaient également entrepris de déloger les membres de l’organisation de leurs rangs. Bref, la FETÖ était sur le point de perdre son influence en Turquie. Sa dernière chance de survie était de prendre le contrôle de l'Etat à travers ses éléments infiltrés dans l'armée.
Après une année d'enquêtes administratives et criminelles approfondies, nous pensons avoir une meilleure compréhension de ce qui se passa la nuit du 15 juillet. Actuellement, 78 procédures judiciaires sont en cours contre les auteurs présumés de la tentative de coup d’Etat dans 23 départements du pays. Par exemple, un certain nombre de civils connus comme affiliés à FETÖ étaient présents et donnaient des ordres à des officiers de haut rang dans la base aérienne d'Akıncılar, le centre d'opérations du coup d'Etat. Les témoignages de milliers d'officiers et de sous-officiers confessant leur affiliation avec FETÖ ont été recueillis. Les parquets disposent par ailleurs d’enregistrements vidéo et des communications entre les auteurs présumés.
Les autorités turques ont également réussi à décoder les systèmes de communication chiffrés utilisés uniquement par les membres de FETÖ, comme "Bylock", une application de téléphone portable. En fait, c'était la plus grande percée dans l’enquête, permettant à la police de mieux identifier les membres de FETÖ qui avaient infiltré les institutions de l'État et qui faisait la lumière sur leurs activités illégales.
Nous sommes confrontés à projet mondial, avec des aspirations mondiales de pouvoir et de dominance. FETÖ est présent dans plus de 150 pays à travers le monde, à travers des écoles, des ONG, des lobbyistes, des médias et des entreprises.
Il n’est pas facile d’éradiquer une structure aussi sombre, sinistre et clandestine. Le gouvernement turc prend à juste titre des mesures nécessaires et proportionnées pour y parvenir. L'état d'urgence, qui avait été décrété immédiatement après la tentative de coup d'Etat, a été prolongée jusqu'à la mi-juillet 2017 en pleine conformité avec notre législation nationale et nos obligations internationales. Cette mesure était nécessaire pour que les organes de l'État agissent rapidement et efficacement. Il ne s'agit pas d'intervenir dans la vie quotidienne des citoyens turcs.
Comme l'ont reconnu les mécanismes internationaux des droits de l'homme, au cours de la tentative de coup d'Etat, les auteurs ont commis des crimes très graves, constituant des violations massives des droits de l'homme. Ces crimes doivent être punis.
La plus grande attention est accordée à maintenir le juste équilibre entre les libertés et les besoins de sécurité. Nos obligations internationales sont respectées, comme toujours. Dans le cadre de nos engagements, les organisations internationales compétentes sont informées en temps opportun des mesures prises en état d'urgence.
Des recours administratifs et judiciaires internes existent pour examiner les décisions prises à l’encontre de ceux qui prétendent avoir été soupçonnés à tort. À ce jour, plus de 300 établissements fermés par décret ont été rouverts. Plus de 30 000 fonctionnaires ont été réintégrés après examen par des commissions d’enquête.
Nous sommes engagés à renforcer de nouveau notre démocratie, car nous savons que c'est la seule façon de lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations. Nous sommes déterminés à combattre les ennemis de la démocratie par la démocratie. Nous aspirons à le faire, alors que nous luttons en même temps contre deux autres organisations terroristes des plus dangereuses, le PKK et DAESH.
Dans ces moments critiques, nous avons besoin de soutien et d'encouragement de nos amis et nous sommes heureux d’avoir reçu, au cours de l’année écoulée, un fort soutien de la part du Gouvernement du Congo.
Je vous remercie pour votre attention.